Online English Summarizer tool, free and accurate!
CHAPITRE PREMIER
<< Une jeune fille de bonne famille, un moujik et un general >>
Difficile de comprendre la destinee d'Isabelle Eberhardt sans evoquer la vie de sa mere, Natalia de Moerder, nee Eberhardt, a Saint-Petersbourg, en l'an 1838.Natalia ne sait pas qu'il << a du quitter la Russie pour eviter une arrestation, etant implique dans un proces nihiliste4 >>.La vie du celebre poete ukrainien Tarass Chevtchenko, ne moujik lui aussi, en 1814, donne un apercu de ce que Trofimovsky a pu vivre, enfant : << La situation de l'ecolier chez ces etranges maitres d'ecole, pour la plupart ivrognes et ignorants, etait a peu pres la meme que celle d'un apprenti chez des gens de metier.C'etait toutefois faire preuve de beaucoup d'assurance, voire d'ingenuite, que d'introduire dans le cercle intime de sa famille cet Alexandre decrit par les services de police suisses comme << bel homme >> de type << meridional aux yeux bleus, [...] a la voix grave, de haute taille >>2.Rien, si ce n'est leur amour pour le monde slave, ne devait faire se rapprocher ces deux etres, l'un, soixante-quatorze ans, aristocrate, senateur et militaire, l'autre, quarante-cinq ans, moujik2 de naissance, doux reveur et rebelle.La petite Natalia grandit dans cette atmosphere de repli ou les conversations ne tournent qu'autour de la personne du tsar, des fetes somptueuses donnees en l'honneur de telle princesse, de faits de guerre de tel jeune prince...Ces histoires terribles qu'il raconte sur son enfance et la vie des paysans de Russie, celles, plus terribles encore, quoique fascinantes, a propos de ces revolutions qui ont lieu en France et partout ailleurs en Europe.Le tsar Nicolas Ier vient de passer la main a son fils, Alexandre II, qui, a des fins purement politiques, fera preuve, dans les annees a venir, d'un peu plus de souplesse et d'ouverture d'esprit.Natalia et son mari laissent en Russie quatre de leurs enfants : Sofia, vingt-six ans, et Alexandra, dix-neuf ans, toutes deux deja mariees, ainsi qu'Elisabeth, onze ans, et Olga, dix ans, confiees a leur grand-mere, la baronne de Korff.Dans ce cadre idyllique ou les enfants gambadent a leur aise, le senateur en vient a oublier les conseils des medecins qui, en plus d'un grand repos pour madame, ont preconise une totale abstinence.>> A cette lecture, on comprend mieux comment et pourquoi, quelques annees plus tard, Trofimovsky fut seduit par les idees anarchistes et libertaires d'un Herzen ou encore d'un Bakounine dont il devint l'ami.Si son imposante carrure, son gros rire et son regard bleu vif teinte d'ironie continuent de faire peur a Natalia, elle finit, malgre elle, par s'attacher a cette figure sortie tout droit d'un roman.Il se passionna egalement pour la philosophie, discipline qu'avait en horreur le senateur de Moerder comme tout ce qui touche aux arts et a la pensee abstraite en general.En decembre 1872, on les retrouve villa des Grottes, rue de la Pepiniere, et c'est a cette adresse, le 24 avril 1873, qu'ils apprennent la mort du senateur Pavel Karlovitch de Moerder.A peine mariee, Natalia doit s'improviser maman aupres de trois enfants qui viennent de perdre la leur : Sofia, treize ans, Alexandra, six ans et enfin Constantin, six mois.Ou trouver la force pour accomplir un tel voyage, et n'est-ce pas pure folie d'envisager ce retour juste au moment ou Constantin commence a aller mieux ?A l'epoque ou Trofimovsky etait encore tout jeune, les oukases3 restrictifs de Nicolas Ier interdisaient formellement l'acces des fils de paysans au banc des lycees.Un jour, elle somme Alexandre de s'occuper des visas pour rentrer au plus vite en Russie ; le lendemain, elle lui donne l'ordre contraire.En 1825, la revolte des decembristes*1 renforce ses convictions antiprogressistes : plus aucun Russe ne peut quitter l'empire sans son autorisation, les etrangers en visite sont etroitement surveilles.Les medecins qui se succedent lui conseillent un changement d'air : l'humidite de Saint-Petersbourg ne convient ni a madame, ni au jeune Constantin, << faible des bronches >>.Son beau-pere lui a enfin trouve un excellent parti, cependant il va falloir faire vite car le futur mari a deja soixante et un ans.Il semblerait que Trofimovsky ait choisi la bursa, le petit seminaire, ou les petits paysans comme lui etaient sauvagement traites.Malgre les chatiments corporels et les insultes, il tint bon et finit par apprendre a lire et a ecrire le russe, le grec, le latin et l'allemand.En echange de la nourriture et de quelques lecons, il devenait le domestique de son maitre, mieux que cela, un esclave soumis a toutes ses fantaisies [...].Face a une Natalia epuisee et folle d'angoisse, le precepteur aide, rassure, paie les factures, surveille les enfants ou classe les papiers.Nicolas Ier regne en autocrate absolu sur une Russie qu'il isole du monde afin de la proteger du liberalisme occidental.Voici donc Natalia, pensive dans son salon, imaginant ce beau jeune homme, prince peut-etre, qui bientot la choisira pour epouse.Il s'agit du senateur Pavel Karlovitch de Moerder, veuf et pere de trois enfants, qui cherche d'urgence a se remarier.Habituee a passer des jours entiers a lire des ouvrages romantiques et a rever, elle est vite depassee par l'ampleur des taches domestiques.Entre les enfants a vetir, les cours a donner, le bebe a bercer, les malades a soigner, le precepteur cavale face a une Natalia de plus en plus touchee et reconnaissante.C'est une jeune fille tres douce, assez effacee, aux grands yeux gris reveurs.Natalia s'effondre.
CHAPITRE PREMIER
« Une jeune fille de bonne famille,
un moujik et un général »
Difficile de comprendre la destinée d’Isabelle Eberhardt sans évoquer la vie de sa mère, Natalia de Moerder, née Eberhardt, à Saint-Pétersbourg, en l’an 1838. Son père, Nicolaï Eberhardt, conseiller de collège, meurt, laissant derrière lui une veuve qui se remarie avec le baron de Korff. C’est lui, l’homme fortuné de haute noblesse, qui éduque la petite Natalia. À l’époque, l’ouverture d’esprit générée par l’ancienne tsarine, Catherine II, n’est plus de mise. Nicolas Ier règne en autocrate absolu sur une Russie qu’il isole du monde afin de la protéger du libéralisme occidental. En 1825, la révolte des décembristes*1 renforce ses convictions antiprogressistes : plus aucun Russe ne peut quitter l’empire sans son autorisation, les étrangers en visite sont étroitement surveillés. La presse est censurée, les livres étrangers interceptés aux frontières. À l’université, l’enseignement de la philosophie, de l’histoire et du droit est supprimé. Les artistes sont protégés à la seule condition de chanter ses louanges.
La petite Natalia grandit dans cette atmosphère de repli où les conversations ne tournent qu’autour de la personne du tsar, des fêtes somptueuses données en l’honneur de telle princesse, de faits de guerre de tel jeune prince… Plus les révolutions grondent en Europe, plus l’aristocratie russe s’agrippe à son rêve.
Voici donc Natalia, pensive dans son salon, imaginant ce beau jeune homme, prince peut-être, qui bientôt la choisira pour épouse. Elle a vingt ans. C’est une jeune fille très douce, assez effacée, aux grands yeux gris rêveurs. Du haut de son mètre cinquante-cinq, elle se fait bien peu remarquer tant elle est discrète. Son beau-père lui a enfin trouvé un excellent parti, cependant il va falloir faire vite car le futur mari a déjà soixante et un ans. Il s’agit du sénateur Pavel Karlovitch de Moerder, veuf et père de trois enfants, qui cherche d’urgence à se remarier. Soixante et un ans, un vieillard ! Mais Natalia, résignée, obéit.
Nous sommes en 1858. Le tsar Nicolas Ier vient de passer la main à son fils, Alexandre II, qui, à des fins purement politiques, fera preuve, dans les années à venir, d’un peu plus de souplesse et d’ouverture d’esprit.
À peine mariée, Natalia doit s’improviser maman auprès de trois enfants qui viennent de perdre la leur : Sofia, treize ans, Alexandra, six ans et enfin Constantin, six mois. Habituée à passer des jours entiers à lire des ouvrages romantiques et à rêver, elle est vite dépassée par l’ampleur des tâches domestiques. Est-ce donc cela, la vie amoureuse tant attendue ? De plus, son éducation luthérienne ne l’a disposée ni à répondre pleinement au désir de son mari, ni à éprouver elle-même de plaisir charnel. Natalia se sent perdue et, déjà, la fatigue guette.
Les beaux jours, fort heureusement, arrivent. Toute la famille s’exile à Pavlosk, banlieue impériale où la cour prend ses quartiers d’été. Là-bas, l’air est plus sain et la résidence secondaire où ils élisent domicile des plus agréables. D’emblée, Natalia va s’attacher à cette petite maison située à l’orée du parc impérial où elle reprend le fil de ses rêveries.
Les mois s’écoulent, les années. De son union avec le sénateur de Moerder, une première fille, Élisabeth, naît en 1859, puis une deuxième, Olga, en 1861. Un fils, Nicolas, né en 1864, puis une troisième fille, Natalia, en 1865, et enfin un second fils, Vladimir, en 1868. À la maison se trouvent à présent huit enfants. Natalia vient tout juste d’avoir trente ans. Le plus souvent, elle garde le lit. Les médecins qui se succèdent lui conseillent un changement d’air : l’humidité de Saint-Pétersbourg ne convient ni à madame, ni au jeune Constantin, « faible des bronches ». Natalia prend ce prétexte pour prolonger ses séjours à Pavlosk. Ni la santé de l’enfant, ni celle de la jeune femme ne s’améliorent pour autant.
En 1871, on se décide pour la Suisse où l’air et le lait sont si purs. Natalia et son mari laissent en Russie quatre de leurs enfants : Sofia, vingt-six ans, et Alexandra, dix-neuf ans, toutes deux déjà mariées, ainsi qu’Élisabeth, onze ans, et Olga, dix ans, confiées à leur grand-mère, la baronne de Korff.
Avec le couple partent donc en Suisse Constantin, treize ans ; Nicolas, sept ans ; Natalia, six ans ; Vladimir, trois ans.
Le sénateur de Moerder tient à ce qu’Alexandre Trofimovsky fasse partie du voyage afin de devenir le répétiteur des garçons. Les deux hommes s’étaient rencontrés en Ukraine du temps où Pavel Karlovitch de Moerder était gouverneur de Nicolaïev.
Il y a dans certaines rencontres des attirances qui tiennent du pur miracle. Rien, si ce n’est leur amour pour le monde slave, ne devait faire se rapprocher ces deux êtres, l’un, soixante-quatorze ans, aristocrate, sénateur et militaire, l’autre, quarante-cinq ans, moujik2 de naissance, doux rêveur et rebelle.
À l’époque où Trofimovsky était encore tout jeune, les oukases3 restrictifs de Nicolas Ier interdisaient formellement l’accès des fils de paysans au banc des lycées. Deux voies s’offraient alors pour échapper à l’esclavage : le clergé ou l’armée. Il semblerait que Trofimovsky ait choisi la bursa, le petit séminaire, où les petits paysans comme lui étaient sauvagement traités. Malgré les châtiments corporels et les insultes, il tint bon et finit par apprendre à lire et à écrire le russe, le grec, le latin et l’allemand. La vie du célèbre poète ukrainien Tarass Chevtchenko, né moujik lui aussi, en 1814, donne un aperçu de ce que Trofimovsky a pu vivre, enfant : « La situation de l’écolier chez ces étranges maîtres d’école, pour la plupart ivrognes et ignorants, était à peu près la même que celle d’un apprenti chez des gens de métier. En échange de la nourriture et de quelques leçons, il devenait le domestique de son maître, mieux que cela, un esclave soumis à toutes ses fantaisies […]. Le sacristain, véritable despote, joignait à une extrême sévérité une injustice révoltante1. »
À cette lecture, on comprend mieux comment et pourquoi, quelques années plus tard, Trofimovsky fut séduit par les idées anarchistes et libertaires d’un Herzen ou encore d’un Bakounine dont il devint l’ami. Il se passionna également pour la philosophie, discipline qu’avait en horreur le sénateur de Moerder comme tout ce qui touche aux arts et à la pensée abstraite en général. Étrange amitié donc, mais sans doute le sénateur admirait-il secrètement l’ascension exceptionnelle du petit paysan de trente ans son cadet. C’était toutefois faire preuve de beaucoup d’assurance, voire d’ingénuité, que d’introduire dans le cercle intime de sa famille cet Alexandre décrit par les services de police suisses comme « bel homme » de type « méridional aux yeux bleus, […] à la voix grave, de haute taille »2.
Après un rude voyage, le couple Moerder arrête son choix sur une petite pension de famille située dans la commune de Châtelard, non loin de Montreux. Dans ce cadre idyllique où les enfants gambadent à leur aise, le sénateur en vient à oublier les conseils des médecins qui, en plus d’un grand repos pour madame, ont préconisé une totale abstinence.
C’est ainsi qu’à peine arrivée, Natalia de Moerder tombe enceinte. Comment va-t-elle faire quand son mari la quittera ? Car le sénateur doit partir. Sa « mise en congé du Sénat d’État par autorisation du souverain3 » prend fin dès ce mois de septembre 1871.
– J’ai chargé Monsieur Trofimovsky de vous aider, Natalia. Vous pouvez compter sur lui.
Face à une Natalia épuisée et folle d’angoisse, le précepteur aide, rassure, paie les factures, surveille les enfants ou classe les papiers. Si son imposante carrure, son gros rire et son regard bleu vif teinté d’ironie continuent de faire peur à Natalia, elle finit, malgré elle, par s’attacher à cette figure sortie tout droit d’un roman. Ces histoires terribles qu’il raconte sur son enfance et la vie des paysans de Russie, celles, plus terribles encore, quoique fascinantes, à propos de ces révolutions qui ont lieu en France et partout ailleurs en Europe. Avec lui, c’est tout un monde qui s’ouvre à elle. Et comme c’est étrange de se retrouver à frémir de la sorte.
Après un doux automne, le 11 décembre 1871 naît le petit Augustin.
D’efficace, Trofimovsky devient indispensable. Entre les enfants à vêtir, les cours à donner, le bébé à bercer, les malades à soigner, le précepteur cavale face à une Natalia de plus en plus touchée et reconnaissante. De son côté, le sentiment qu’éprouve l’ancien moujik à l’égard de la jeune femme ne cesse de grandir. Tout en elle est si neuf pour lui. Son élégance, son raffinement, son extrême vulnérabilité…
En décembre 1872, on les retrouve villa des Grottes, rue de la Pépinière, et c’est à cette adresse, le 24 avril 1873, qu’ils apprennent la mort du sénateur Pavel Karlovitch de Moerder.
Dans la maison, le silence règne et le chagrin des quatre aînés est immense. Natalia s’effondre. Un jour, elle somme Alexandre de s’occuper des visas pour rentrer au plus vite en Russie ; le lendemain, elle lui donne l’ordre contraire. Où trouver la force pour accomplir un tel voyage, et n’est-ce pas pure folie d’envisager ce retour juste au moment où Constantin commence à aller mieux ? Qui, de plus, une fois sur place, s’occupera des enfants ? Car Trofimovsky est marié là-bas ; jamais ils ne pourront se revoir. Cette simple éventualité la bouleverse et les rapproche davantage. Ferait-il seulement le voyage avec elle ? Natalia ne sait pas qu’il « a dû quitter la Russie pour éviter une arrestation, étant impliqué dans un procès nihiliste4 ».
Les mois passent. Le précepteur prend symboliquement la place d’un père et personne, pour le moment, ne lui conteste ce nouveau rôle. Si les aînés le trouvent rude, parfois même colérique, comment lui en vouloir d’être aussi fidèle et serviable ?
Summarize English and Arabic text using the statistical algorithm and sorting sentences based on its importance
You can download the summary result with one of any available formats such as PDF,DOCX and TXT
ٌYou can share the summary link easily, we keep the summary on the website for future reference,except for private summaries.
We are working on adding new features to make summarization more easy and accurate
المبحث الأول: ماهي حوادث العمل وتصنيفاتها المطلب الأول: مفهوم حوادث العمل يُعد تحديد مفهوم حوادث ا...
لقد حظي موضوع الشخصية بالقسط الأوفر من الدراسة في المجالين الأدبي والنقدي. إذ ورد حضورها على المستوى...
وفي ختام ندوتنا والتي بعنوان "بيئة مستدامة: أمان للأجبال القادمة"، يمكننا تلخيص ما قد تم تناوله في ا...
First of all it gives businesses to get customer satisfaction feedback on the products and services ...
أفادت مصادر محلية في وادي حضرموت بوقوع انفجارات عنيفة فجر اليوم داخل محيط معسكر المنطقة العسكرية الأ...
فقال سعد: اللهم اكفني يده ولسانه، فقطعت يده وبكم لسانه. ولما عزل عمر أبا موسى الأشعري عن البصرة وشا...
في النيجر، تظل الزراعة ركيزة الاقتصاد وهي في توسع مستمر مع وجود غالبية السكان في الريف، ويوفر القطاع...
بعد هذه الفضيحه التاريخيه والعالميه في بمناسبه افتتاح كاس العالم في الولايات المتحده الامريكيه وما ج...
يعد توصيل الأدوية المهمة في الوقت الانسب بكفاءة بمثابة لغز معقد في مجال توصيل الأدوية. يتطلب التغلب ...
הדילמה כוללת התנגשות בין מספר ערכים מקצועיים: שמירה על סודיות מקצועית ואמון. אחריות מקצועית לשלומה ...
حسن السياسة وإقامة المملكة كتب الوليد بن عبد الملك إلى الحجاج بن يوسف يأمره أن يكتب إليه بسيرته. فك...
ConspiracyTheory.net بيت / العلوم والتكنولوجيا / التستر على معاهدة أنتاركتيكا غير محلول 🔬 العلوم و...